Un des romans qui fait du bruit en ce début de rentrée littéraire est Arpentez la nuit. Pour moi cela est complètement justifié tant j’ai été impressionnée par ce premier roman écrit pour une autrice si jeune. A dix-sept ans elle nous offre un livre d’une puissance folle tout en abordant des sujets de société très complexes.

Kiara a dix-sept ans et vit seule avec son frère aîné. Ce dernier ne pense qu’à sa passion pour le rap tandis qu’elle essaie de gagner suffisamment pour les faire survivre. Leur famille a été brisé par la mort et la prison, ils ne peuvent compter que sur eux-même. Mais Marcus ne comprend pas l’urgence de la situation et Kiara porte sur ses épaules un poids très lourd. Elle peine à trouver un travail et une menace d’expulsion se profile. Suite à un malentendu, il apparaît au yeux de Kiara que la seule solution est de se vendre elle-même. Elle arpente alors la nuit à la recherche de clients et tombe dans un piège inextricable.

La lecture d’Arpenter la nuit met nos nerfs à rude épreuve car nous devinons très vite qu’il n’y aura pas de porte de sortie pour Kiara. Elle entre dans un engrenage qui la broie. Les hommes la voient comme une proie. Elle franchit un ligne qui fait qu’elle cesse d’être percue comme une victime au yeux du plus grand nombre. L’autrice s’inspire d’un fait divers qui l’a particulièrement marqué. Elle s’interroge ensuite sur les circonstances qui poussent de jeunes femmes à vendre leur corps. Avec une très grande maturité, elle aborde des sujets complexes et très actuels. La misère, la drogue, la prostitution ou encore la corruption sont au cœur de son roman et entache le parcours de Kiara. Cette dernière doit porter sur ses épaules des difficultés trop lourdes pour son age. Malgré sa détermination et sa volonté farouche de survivre, elle est encore une enfant. Elle conserve des espoirs, des rêves et une sensibilité à fleur de peau.

L’enfance en danger est l’autre grand thème du roman. Kiara et Marcus sortent à peine de l’enfance quand il se retrouve livré à eux-même. Marcus n’a pas les épaules pour s’occuper de sa sœur encore mineure. Cette dernière prend également sous son aile le fils de sa voisine junkie. Trevor est un petit garçon complètement délaissé par une mère régulièrement absente. Le lien qu’il tisse avec Kiara elle leur planche de salut à tous les deux. Cette relation m’a profondément émue. Ce sont deux enfants abandonnés, deux âmes solitaire qui prennent soin l’un de l’autre. Les moment partagés entre eux sont les lueurs d’espoir du roman, les rares moments de paix pour Kiara.

Le roman commence doucement puis s’emballe. Très vite le rythme s’accélère, les événements s’enchaînent, il n’y a plus de temps mort. J’ai été impressionné par la maîtrise de la narration. Nous sommes complètement emportés avec Kiara dans le tourbillon infernal qui l’étouffe. Leila Mottley est une voix à suivre et l’engouement que suscite Arpenter la nuit en cette rentrée littéraire me semble complètement justifié.

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