Je connais très mal la littérature du continent Africain. Ainsi, quand j’ai eu envie de chercher le dépaysement, de pousser la porte d’un ailleurs vierge, je me suis tourné vers « La danse du Vilain » qui attendait dans ma PAL depuis trop longtemps. Cette plongée dans le Zaïre en ébullition, l’ancien Congo, à été déstabilisante par son exubérance et son rythme effréné.

Molakisi, Sanga et Ngunzi sont des jeunes hommes qui vivent dans les rues Lubumbashi. Entre petits larcins et séances de colle, ils font de la rue leur territoire. Alors que Molakisi part tenter sa chance dans les mines de charbon angolaises, Sanga et Ngunzi s’allient au mystérieux Monsieur Guillaume dont les projets semblent peu clairs. La ville est en ébullition, les conspirations se montent dans chaque quartier. Dans les mines de Cafunfu, en Angola, une excentrique Madone protège les chercheurs d’or tout en livrant des brides de sa vie épique. Au milieu de tout ce monde, un écrivain autrichien souffre de la page blanche. La nuit la ville converge vers le Mambo pour se livrer à la fameuse et entêtante danse du Vilain.

Ce qui est rocambolesque avec le monde, c’est que dans la même heure, minute, seconde, plus de 500 milliards de gestes sont posés en même temps : les gens s’envoient en l’air, coupent des bières, allument la radio, fomentent des coups d’Etat, lisent Bofane, Mabanckou ou Musil, regardent un film, fument leur colle, s’invectivent, dansent la polka-mazurka, grimpent dans les trains, se noient, trépassent, terminent en prison…

Comme ce résumé que j’ai tenté d’écrire le montre, ce livre part dans tous les sens. Les narrateurs sont multiples et leurs voies se mêlent dans une folle cacophonie. Il est parfois difficile de suivre le fil de ces récits qui se tissent, de ne pas se perdre dans ce dédale de vies bouillonnantes. J’ai été déstabilisée par la construction du texte et par son rythme mais j’ai beaucoup apprécié l’écriture à la fois poétique et percutante. L’auteur manie les mots avec passion et joue avec ses personnages. Il règne dans ce roman un joyeux bazar, un vent de fête ravageur qui emporte tout.

A travers ce livre, l’auteur raconte aussi l’histoire de son pays. Le Zaïre étouffait sous la dictature et la lutte armée a permis de renverser le pouvoir de Joseph-Désiré Mobutu. Le roman se situe juste avant cette bascule, au moment où le coup d’État se prépare et où les sbires du pouvoir tentent d’étouffer la révolte galopante. Au milieu de ce jeu politique, des adolescents paumés ou de simples citoyens doivent choisir un camp et risquent leur vie pour des causes auxquelles ils ne comprennent pas toujours grand-chose. A des vies déjà chaotiques, les troubles politiques viennent ajouter de la confusion. Mais comme refuge, comme unique trait d’union entre les différents camps, demeure la musique et les rythmes endiablés de la danse du Vilain. Moments cathartique, les fêtes aux Mambo rythment les romans et ponctuent les différentes avancées de l’intrigue.

Un roman à l’image des rythmes de danse, syncopés et labyrinthiques, dans lequel je me suis souvent perdue mais où j’ai aussi trouvé un souffle nouveau et vivifiant.

Un homme amoureux peut être chiant, encombrant, vraiment casse-pieds comme un sac-poubelle qu’on n’a pas vidé depuis un mois.