Chercher la beauté nichée au cœur de l’enfer, trouver ce qui fait battre le cœur des hommes quand tout s’obscurcit, voilà ce qu’entreprend Gilles Marchand. Il fait danser ces héros au milieu des obus à la recherche de l’amour perdu. Le soldat désaccordé raconte des histoires d’amours que la première guerre mondiale contrarie, des amours qui tentent de survivre au déluge de fer.

Le narrateur est un ancien combattant. Il a perdu sa main au début du conflit et a passé les quatre années suivante à servir inlassablement à l’arrière. Une fois les canons éteints, il aide les familles à retrouver leur maris, leurs fils, leur père. Un jour il se voit confier la mission de retrouver Émile Joplain, un soldat disparu en 1917. En fouillant les mémoires, les archives et les champs de bataille, il ramasse les morceaux d’une histoire d’amour qui a tenté de survivre à la guerre. Il se donne à corps perdu dans cette quête alors que l’Europe s’apprête à entrer de nouveau en guerre.

Autant le dire tout de suite, j’ai été complètement emportée par ce roman. Je l’ai lu d’une traite, incapable de penser à autre chose qu’à cette histoire si poignante et si douloureuse. L’écriture d’une sensibilité folle de Gille Marchand est ici à son apogée. Entre conte et récit historique, le roman nous envoûte et nous emporte en d’autres temps et d’autres lieux. La plume de l’auteur rend hommage à ces hommes qui se sont retrouver au coeur de l’enfer sans vraiment comprendre pourquoi, à une génération sacrifiée qui a perdu ses espérance dans la boue des tranchée. Avec de l’a poésie, de l’émotion et une pointe d’humour, Gilles Marchand signe un roman d’une beauté folle.

Ça sert à ça les histoires, à rendre la vie meilleure. On avait les pieds lourds, alors on s’interdisait d’avoir le cœur trop lourd. On ne pouvait pas ajouter les larmes à la pluie, on aurait coulé. Et il fallait avancer. On remettait nos havresacs qu’on remplissait d’histoires d’amour d’un peu tout le monde, ça resservirait toujours. L’amour ça se partage bien, t’en prends un bout, il en reste autant à celui qui t’a raconté l’histoire. C’était facile d’être généreux.

Roman d’amour avant d’être un roman de guerre, Le soldat désaccordé, nous raconte néanmoins une époque terrible qui a traumatisé profondément une société toute entière. Alors qu’une nouvelle guerre menace, le narrateur tente de se sauver lui-même en ramenant du passé des bribes de vie. A travers ses enquêtes, il cherche une forme d’apaisement. Lui qui a survécu alors que tant d’autres sont morts. Il porte une forme de culpabilité dont il ne peut se défaire. Le lecteur est ému par son histoire autant que par celle d’Émile.

La poésie et le roman disent parfois mieux une réalité historique qu’un documentaire. Avec ce livre nous touchons du doigt le calvaire sans nom des poilus, leur sacrifice. Un roman de la rentrée littéraire à decouvrir, je suis certaine qu’il saura séduire le plus grand nombre.

On a tous une histoire d’amour intense, forte, dévorante. Une qui a tout emporté sur son passage et qui ne s’est pas finie, ou qui n’a jamais eu lieu parce qu’elle n’était pas réciproque. Une qu’on n’a pas osé déclarer, une qu’on a gardé pour soi parce qu’on avait peur.