Voilà un livre qui a traîné dans ma PAL un moment. Il aura fallu que je rencontre l’auteur lors de la soirée Vleel pour que je me décide à le sortir. Séduite par la personnalité de l’homme, j’ai eu hâte d’en découvrir la plume. Quelle rencontre ! Tant par son style que par la manière dont il aborde le sujet de la prison, Ludovic-Harman Wanda m’a emportée. Prisons est un gros coup de cœur.

Frédéric Nkamwa est un dealer. Quand il se retrouve entre les murs de Fleury-Mérogis, il prend conscience du pouvoir des mots. Il tombe amoureux de la belle langue et en devient le chantre auprès de son codétenu. Ce dernier est un juif toxico qu’il convainc de suivre son exemple. Ensemble, ils partent en quête de rédemption par le savoir et par les mots. Profondément pieux, Frédéric s’appuie sur sa foi, alors que Satan plane toujours à proximité pour le détourner de la ligne qu’il s’est tracée. Hors des murs de la prison, le personnage de la République qui ne peut pénétrer là où elle est bafouée, tente de suivre l’itinéraire de ce jeune homme si détonant.

Les voix de Marianne, du Diable et de Frédéric s’alternent et nous font entendre l’histoire par des voix très différentes. Par ce jeu de narrateurs multiples, l’auteur jongle avec les mots et les registres de langues. Il lance des uppercuts argotiques comme académiques. Entre les murs de la prison, ou depuis le regard distant de Marianne, le lecteur découvre un personnage comme on en rencontre peu. Déterminé et sûr d’avoir la confiance de son dieu, Frédéric ne recule devant aucun effort et s’impose une disciple de l’esprit et du corps. Il entraîne son codétenu avec lui dans son projet de rédemption par les mots. On le voit lutter contre Satan qui tente de l’entraîner vers la colère et la vengeance.

Ludovic-Hermann Wanda maitrise complétement son récit et le porte par une écriture qui m’a fortement impressionnée. Il manie le verbe avec brio et multiplie les métaphores. C’est un régal de lecture tant l’écriture est vivante, joueuse et percutante. Il excelle dans tous les styles, passant de l’argot au langage soutenu avec une aisance déconcertante et sans se départir d’une pointe d’humour ravageuse. Son écriture est crédible et percutante à chaque fois.

A travers le roman l’auteur aborde des sujets de société forts comme la question de la prison. Il l’aborde de manière vraiment intelligente et assez originale. Marianne, allégorie de la République, ne peut même plus y entrer. Les droits de l’homme y étant bafoués, elle est maintenue à l’extérieur et ne peut qu’observer les détenus lors de leur promenade. Elle entend les rumeurs sur leur vie mais reste impuissante. Par cette image, l’auteur résume bien la problématique terrible des prisons françaises et l’inaction des gouvernements successifs. Il y parle aussi de religion, de philosophie et de rédemption. Les longs échanges entre Frédéric et son codétenu sont l’occasion de joutes verbales puissantes qui fouillent des questionnements importants. En confrontant leurs vécus, leurs croyances et leurs réflexions, les deux hommes réussissent à faire évoluer leur propre pensée et à devenir plus forts. Le lecteur assiste, fasciné, à ces échanges. Il est amené à réfléchir lui aussi aux injustices sociales et la manière dont elles se perpétuent. Les questions théologiques et philosophiques sont tout aussi passionnantes et abordables, on est porté par le verbe puissant et l’intelligence vive des personnages.

Ceux qui lisent et qui s’habillent bien sont les seuls à découvrir le bonheur sur terre, le vrai, celui de l’accomplissement de soi.

Ce roman a été un bonheur de lecture tant par son style que par les thèmes abordés. J’en suis sortie l’intellect stimulé et l’imaginaire marqué par le héros. L’auteur a mis beaucoup de lui dans ce livre et on retrouve entre les lignes l’homme élégant et vif qu’il est dans la vie. Je vous recommande chaudement de lire ce dandy des mots.