Il m’avait fait de l’œil à sa sortie alors quand Léa nous a proposé de le recevoir grâce au Picabo River Book Club je n’ai pas hésité. Dans ce livre, la poétesse Joy Harvo raconte son enfance, son héritage et la naissance de son art. Née dans la violence et la pauvreté, elle a fait de son passé douloureux une force. Le livre est aussi un témoignage poignant de lutte pour la beauté.

Née d’une mère cherokee et d’un père creek, Joy porte un héritage amérindien riche. Elle grandit dans les années 50 dans une réserve de l’Oklahoma. Ses parents s’aiment mais se déchirent. Son père, alcoolique, violent et volage, part très vite de la maison. Sa mère, belle femme au talent de chanteuse, reste droite mais fini par retomber dans un mariage désastreux. Joy, ainée d’une famille de 5, apprend très vite à se débrouiller seule et à survivre. En elle les enseignement et la magie indiens vivent. Elle puise sa force et son espoir dans l’exemple de ses ancêtres. Nous la suivons de sa naissance à la découverte de son art, la poésie.

Récit autobiographique teinté de magie et rêve, Crazy Brave se lit tout seul. Nous sommes comme envoûtés par l’histoire et la personnalité de l’autrice. Il y a en elle une force créatrice vitale qui la submerge et la maintient en vie. Elle a connu des horreurs, traversé des choses très difficiles mais conserve un trésor d’humanisme et de poésie en elle. Le regard qu’elle pose sur l’enfant puis l’adolescente qu’elle était m’a beaucoup touchée.

Le passage du livre qui m’a le plus plu fut ses années dans une université indienne d’art. Il y règne une effervescence créatrice qui attire les étudiants mais révèle aussi de profondes blessures. Joy prend à ce moment conscience des plaies béantes de ses semblables et de la difficulté d’être artiste quand on a des origines amérindiennes. Lieu émouvant et en même temps dévastateur, l’école les porte et leur offre un espace d’expression salvateur mais illusoire. Joy parle longuement de ses artistes prometteurs mais brisés par le racisme du pays. Une fois sortis de l’école, peu réussissent à faire vivre leur arts et retombent dans la désespérance et la misère. Joy porte en elle la volonté farouche de promouvoir un art indien, une créations qui puise ses racines dans une culture ancestrale. J’ai trouvé ces passages particulièrement poignants.

J’ai adoré rencontrer la femme déterminée et spirituelle qu’est Joy Harjo grâce à ce livre. La force tranquille qui l’habite irradie des pages et nous offre une belle leçon de courage. Il me tarde maintenant de découvrir sa poésie et son travail d’artiste.