Expérience littéraire inédite et inouïe, Milieu nous propose une plongée littéraire radicale. Une centaine de pages pour signifier l’attente pure, voilà le pari de Adrien Lafille. Mon entrée dans le catalogue des éditions Vanloo s’est faite avec panache tant ce roman m’a étonnée et réjouit. Dire que ce livre est singulier est presque un euphémisme.

Violette et Antoine s’aiment et vivent ensemble à l’écart du village avec leur chien Rotor. Chaque matin Antoine va à la rivière avec Rotor. Il fait signe à Violette qui de sa fenêtre lui répond toujours. Un jour Rotor meurt. Le lendemain, Violette ne répond pas au signe d’Antoine. Il se rend alors compte qu’elle faisait signe au chien et non à lui. Il décide de partir. Violette se met à attendre Antoine. Elle est rejointe par Lucie dans son attente. Pour lutter contre la douleur de l’absence et de l’attente, commence un processus d’effacement de la langue et des émotions.

Dans un espace isolé, cerné de montagne et de forêt, les protagonistes évoluent de manière routinière. L’univers du roman est restreint à ce que les personnages connaissent. Ils écoutent les injonctions et les peurs des villageois. Ils sont isolés et regardent avec crainte les montagnes et la forêt dont personne ne revient jamais. L’environnement de deux jeunes femmes induit des comportements répétitifs et favorise l’effacement de tout rêve. Le lecteur évolue de cet univers étroit et pesant, dans ce paysage qui semble immuable et sans surprise.

A mesure que l’attente de deux femmes avancent, l’effacement des émotions et des mots s’accentue. Elles réduisent leur vie et leurs actes au strict minimum. Seul ce qui est absolument nécessaire est accepté. De la même manière, l’auteur nous propose un récit épuré seulement centré sur l’action. Pas de place pour la psychologie, l’introspection ou la description de l’environnement. Tant sur le fond que sur la forme nous sommes dérouté et confronté à une expérience ultime de littérature.

J’ai aimé perdre mes repères, plonger dans cet univers à la fois décalé et sérieux. J’ai ressenti l’attente pure, frémi sous la colère aveugle et lu sans attente précise. L’importance est donnée à la langue, à la manière dont elle devient récit. Le travail sur l’écriture est puissant et évolué au fil du temps. Le langage des deux héroïnes s’épurent pour disparaître presque totalement. Les mots deviennent inutiles, dispensables. L’auteur semble presque se retenir d’écrire. Il hésite, semble ne pas savoir grand-chose de ses personnages et se questionne même parfois sur ce qu’il pourrait bien dire.

Roman comme nul autre, Milieu ne ressemble à rien que vous auriez pu lire. En nous proposant une expérience littéraire unique, il redonne du souffle et de l’élan aux lecteurs éreintés par tant de livres similaires. A tenter !