J’ai découvert la très belle maison d’édition de l’Antilope garce au second roman de Sabyl Ghoussoub, Beyrouth entre parenthèse. Séduite par sa plume empreinte d’humour, j’étais pressée de découvrir son premier roman. Il y questionne la manière dont on se construit une identité tout en posant un regard singulier sur les conflits arabo-israélien.

Aleph est né en France dans une famille d’immigrés libanais. Depuis qu’il est petit, sa mère ne cesse de lui répéter qu’il a un nez de juif et qu’il est moche. Devenu adolescent Aleph cherche à séduire,à se prouver que ce nez ne le rend pas laid. Il sort en boite, devient DJ, s’engage en politique et voyage. Il expérimente les réactions que son physique suscite. Parfois pas assez arabe ou au contraire trop, il joue sur cette ambiguïté pour s’inventer des origines et séduire des filles. Juif, arabe ou français, il se recrée constamment.

J’ai autant la tête d’un insurgé syrien que d’un milicien chrétien ou d’un membre du Mossad. Quelle réelle différence y a-t-il entre tous ces mecs ?

Nous découvrons son parcours à travers de brefs épisodes de vie. Au fil des pages nous le voyons mûrir, s’accepter et penser autrement le fossé qui sépare les libanais des israéliens. Plein d’idéaux, il s’engage en politique au PS puis au Hezbollah. Mais, un peu à l’image de ses relations amoureuses, il ne trouve sa place dans aucun parti. Entre la France et le Liban, il se cherche une voie professionnelle. Photographe, producteur, éditeur et pourquoi pas espion ! Il joue avec les clichés et les attentes de ceux qu’il rencontre.

Le style est drôle, vif mais non dénué de profondeur. A travers la fausse naïveté du narrateur se dessine une réflexion sur la haine qui couve entre Israël et le Liban. Si j’ai souvent souri en lisant ce livre, j’ai aussi été émue par certaines scènes. La quête des juifs libanais est très belle. Avec son humour, l’auteur offre un vent d’espoir, une voie pacifique sur une situation tendue. J’ai aimé ce regard juste mais décalé sur le monde. Sabyl Ghoussoub que nous avons rencontré en Vleel pour son second livre a vraiment une manière singulière de parler de la haine entre son pays d’origine et Israël. Son humour et sa bienveillance sont salvateurs.

Un feuj libanais, c’est un peu comme Sangoku qui fusionne avec Vegeta pour devenir Vegeto, un super-héros. Le feuj et le Libanais exploseraient et deviendraient le Juibanais, l’homme imbattable. C’était trop risqué pour le reste de la planète. On a préféré se battre entre nous et laisser une chance aux autres.

Séduite une nouvelle fois par la plume de Sabyl Ghoussoub, je me réjouis de la perspective d’une prochaine parution à la rentrée…