Texte envoûtant, inclassable et emprunt de magie, Le lièvre d’Amérique est un livre très surprenant comme les éditions La peuplade savent si bien nous en proposer. C’est un premier roman rythmé qui traite de l’aliénation par le travail, du lien à la terre natale et de la nature.

Diane a voué son existence à son travail. Elle a tout réglé dans sa vie pour être productive et pour être tout le temps en forme. Mais elle reste humaine et doit parfois dormir. Quand une nouvelle employée plus efficace et plus dynamique qu’elle arrive, Diane en souffre. Mais il y a peut-être une solution, une solution qui va transformer son métabolisme et la rendre encore plus productive. Quinze ans plus tôt, alors que Diane vivait avec ses parents sur sur l’Isle-aux-Grues, elle passe un été marquant auprès d’un ami énigmatique. Le roman avance par fragment en alternant le passé, le présent et des passages documentaires sur le lièvre d’Amérique.

la perfection est encore plus insoutenable quand elle est humaine

Plus Diane avance dans sa transformation plus les souvenirs de son adolescence remontent. Sa quête abrutissante d’exemplarité salariale l’avait détournée de ses racines. Au fur et à mesure que son corps change, ses préoccupations évoluent. Elle repense à ce premier amour qui libérait les lièvres pris au piège et observait les aigles royaux. Son côté animal, son expérience passée de la nature remonte. Une forme d’instinct enfoui s’éveille et devient la clef de sa libération. Cette terre natale détestée à l’adolescence est finalement celle qui l’appelle, celle vers laquelle elle revient.

J’aurais pu te dire qu’il n’y a réellement rien d’anormal sur cette ile. Sauf peut-être la solitude qui s’abat quand l’hiver ne veut plus partir. D’abord toute petite, puis du jour au lendemain, intolérable.Et le temps qui se morfond. Les insulaires doivent se terrer chez eux. Le sentiment d’oppression aussi qui grandit avec l’étale de la marée. L’attente qui devient insupportable. des fois on a l’impression d’être prisonnier, que le plein de l’eau ne veut plus nous quitter.

A la manière d’une parabole, le roman nous invite à penser notre société hyper productive et déshumanisée. Diane est un archétype, une figure presque magique qui pointe un dysfonctionnement. Face à cela l’autrice n’offre pas de solution ou de voie toute tracée. La forme fragmentaire du livre laisse le soin au lecteur de trouver ses propres clefs de compréhension. Le roman s’achève sur une légende, sur un sens possible à l’ensemble.

Le livre est court, rythmé et se lit d’une traite. On en sort un peu hagard, un peu perdu face à l’étrangeté de l’ensemble.Il fait partie de ses textes qui marquent, qui laisse une trace en nous et nous habite bien après la lecture. L’écriture est poétique, changeante et percutante. Elle s’adapte aux temps du récit et aux états d’esprit de l’héroïne. Suivant les parties le pronom employé change également, symbolisant ainsi les différents états d’esprit de Diane.

Diane ne se souvenait pas de cette impression de faire entièrement partie du paysage, de la proximité des grandes oies des neiges, comme si elles piétinaient sa peau. C’est surement ça qu’elle avait oublié en partant subitement. l’appartenance.

C’est une curiosité littéraire profonde et envoûtante que je vous invite à découvrir car on en ressort pas complétement indemne.

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Merci aux éditions La peuplade pour cet envoi.