Coup de cœur pour ce roman envoûtant et poétique. C’est un texte court mais intense qui parle de combat pour la nature et de rédemption.  Un roman inclassable, comme en édite souvent les éditions Quidam, qui m’a plu autant pour ses personnages que pour son écriture.

Joan est un ex-tireur d’élite aujourd’hui veuf. Il élève seul son bébé, Laoline et s’occupe de l’entretien des lacs d’Aurinvia, un site naturel protégé et quelques peu étrange. Il exorcise la haine et la violence de la guerre qu’il a connu au contact de la nature. Il se place volontairement en marge des autres et n’a que très peu d’amis. Chanteur de blues occasionnel, on lui prête aussi des dons surnaturelles. C’est un homme atypique et qui s’entourent de personnes qui lui ressemblent comme un bibliothécaire et un vagabond. Il enquête sur son histoire familial et découvre un ancêtre au parcour surprenant. Très vite Joan se retrouve en lui et choisi, comme son aïeul, d’être l’arme de la nature, de combattre pour la défendre.

Il faut peu de choses pour que la misère vous agrippe par la gorge et vous lacère le dos jusqu’au cœur.

Il est question de rédemption et d’identité. Face à l’orage de sa vie Joan doit trouver sa place, son rôle. Il cherche les réponses dans son histoire familiale et au contact de la nature. Il utilise ce que l’armée lui a enseigné au service d’une cause qui le dépasse. Il ne croit plus en l’homme et ne pense pas être en capacité de l’aider. C’est pourquoi il décide d’œuvrer pour la nature, un combat qui lui semble plus nécessaire. Sa mission à un caractère divin, surnaturelle. Il est comme l’élu qui seul peut faire rempart à la force destructrice des hommes.

La nature est un fantôme. Une chose que nous avons idéalisée, qui nous échappe et nous nargue, comme un rêve sans cesse recommencé et dont nous ne pouvons jamais reconstituer la trame exacte.
Pourquoi alors persister à la nommer ainsi ?

Joan est un héro qui va m’habiter un long moment encore je pense. Il me renvoi à plein de questionnements et de réflexions qui me traversent. Il a en lui la force de ceux qui se savent être à leur place. Il porte son destin, il l’assume pleinement. Son isolement il le vit comme une chance, une manière de s’élever et de se renforcer. Globalement les personnages sont touchants. Il y a en eux quelque chose de vibrant, de vrai. Très vite je me suis attachée fortement aux personnages. C’est rare que je ressente cela mais j’aurais aimé qu’ils existent, qu’ils ne soient pas que des héros de papier. J’aurais voulu pouvoir les rencontrer, discuter avec eux et suivre Joan dans ces paysages sauvages des lacs d’Aurinvia. Ce roman m’a fait rêver et donner envie encore plus de partir marcher en foret.

Il est courageux, admirable même, d’essayer de raisonner les hommes. Cela reste vain dans la plupart des cas. Les histoires que je colporte en musique ne sont qu’une modeste contribution à l’entreprise de réconciliation. Une poussière prise dans un ouragan.
Ma vraie place, elle est ailleurs.
Je m’efforce de rééquilibrer ce qui peut l’être.
Pour la nature.

L’écriture de Jérome Lafargue est fluide, limpide. Elle s’immisce en nous et touchent le lecteur avec force. Il nous donne à ressentir la force des orages et des forets mais aussi l’odeur de la terre et des eaux dormantes. C’est une langue puissante qui prend au ventre, qui envoûte.

C’est une ode à la nature et à ses mystères chargée de poésie et d’amour. Un merveilleuse découverte et un auteur dont je lirai très vite d’autres textes.

Merci aux éditions Quidam pour cet envoi.