Il y a des rencontres littéraires qui sont belles car elles sont surprenantes. L’imparfaite amitié est de celles-ci. J’ai reçu ce livre grâce au Picabo Book Club et je l’ai commencé avec uniquement une très grande curiosité mais aucune attente. Au bout de dix pages, je savais que j’avais entre les mains un ouvrage unique et enthousiasmant, quelque chose que je ne serai pas prête d’oublier.

Amanda écrit à sa fille adolescente Sabina alors qu’elle se trouve à un tournant de sa vie. Elle lui raconte son enfance sur l’île aux Coudres, une île située sur le fleuve Saint-Laurent au Québec. Elle lui parle de son adolescence, des lièvres qu’elle a couru et de sa rencontre avec Milan, le futur père de Sabina. Elle raconte son installation à Prague avec celui-ci et de son envie de désormais étendre son exil. Alors elle invente un pacte avec elle-même et elle part. Dans son texte elle répète, comme un refrain entêtant, à sa fille qu’il ne faut jamais oublier d’aimer très fort.

La forme de livre est très originale. Certaines pages racontent des souvenirs, d’autres abritent des réflexions sur l’amour ou les relations et enfin d’autre ne comportent que quelques mots. Le tout est rythmé par des « Tableaux Typographiques ». La mise en page contribue énormément à la poésie du livre et nous embarque complètement. Il y a quelques chose d’envoûtant dans la mise en page et dans les mots. C’est beau dans le fond comme dans la forme.

A travers le récit de sa vie et de ses amours, Amanda parle de liberté et d’attachement. L’amour et l’amitié se mêlent et elle en interroge la force. L’amitié n’est-elle pas le sentiment le plus fort ? Pour elle l’amour n’est qu’une amitié imparfaite, un lien voué à l’échec. Et que nous reste-il des liens qui se brisent ? Ces amitiés d’adolescente qui lui semblaient si pures sont désormais terminées. Mais il faut continuer à aimer fort, aimer d’autre gens, aimer différemment. Le moteur d’Amanda c’est l’amour. Un amour puissant, diffus, irrépressible et multiple. C’est cela qu’elle tente d’expliquer à sa fille, ce texte c’est son héritage.

Pour l’instant, j’ai trouvé plus acceptable : si aimer, c’est choisir, alors choisir, ce n’est pas renoncer. Ce ne peut être cela. Parce qu’on serait alors coupés de tout, du monde, du désir. On ne serait plus libres. Et accepter ça c’est inconcevable dans ma tête, ça bloque, ça ne passe pas. Et je me bats, je retourne les choses dans ma tête. Moi, je pense que « choisir, c’est résister ». La résistance appelle à garder la tête froide, à raisonner, à peser les pour et les contre de chaque situation, à être maître de soi, à être fort.

Il y a dans ce livre un souffle de liberté puissant. Amanda choisi ce qu’elle fait de sa vie. C’est une femme qui n’hésite pas à changer d’avis, à être contradictoire même. Le plus important est de choisir, de résister. Allant de relations en relations, elle décide que c’est Milan qu’elle épousera mais elle décide aussi, bien des années plus tard, de le quitter. Elle ne veut pas se sacrifier pour un homme, elle accepte d’être vu comme une égoïste ou une sans-cœur. Plus que tout, c’est la liberté qu’elle chérit et qu’elle veut transmettre à sa fille.

C’est un livre dont je vais désormais de temps en temps picorer quelques page tant il regorge de jolis passages. Le style de l’autrice est unique et réjouissant. Il fait forcement écho à un moment à nos vie, à nos relations et à nos errances. Ce livre m’a fait du bien, m’a donné du souffle. Une merveilleuse découverte !

Je suis en bois, j’ai besoin de respirer, de savoir que je peux changer d’idée, regretter ou m’incendier.