Il y a parfois des histoires qui nous habitent. Esméralda et Quasimodo ont peuplés longuement mon imaginaire d’enfant. La comédie musicale est sortie alors que j’avais dix ans et j’ai tout de suite adoré. En CM2, avec ma meilleure amie, nous préférions rester en classe pendant la recréation pour écouter le disque. En mai dernier j’ai enfin pu voir le spectacle sur scène et retrouver mes émotions d’enfants face aux chansons. Mais il me manquait l’original, la plume de Victor Hugo.

Je suis entré dans le livre en terrain conquis, assez sûre de ce que j’allais y trouver. Et j’ai été complétement décontenancé par le style de Victor Hugo. Ne connaissant de lui que ses poèmes, rien ne m’avais préparé à cela. Victor Hugo mélange les genres avec brio.

Certains passages sont ironiques, voire de véritables farces. C’est le cas de la fête des fous où l’auteur se moque des protagonistes tout en jouant avec délice avec la langue. Certaines phrases sont assez piquantes et ironiques comme  celle-ci à la fin du roman :

Phoebus de Chateaupers aussi fit une fin tragique, il se maria.

Mais il y a aussi du tragique car la fatalité, souvent citée, emprisonne les personnages. Ils se débattent contre elles sans pouvoir y échapper. Frollon en est le parfait exemple. C’est un personnage complexe et tiraillé entre ses croyances et ses désirs terrestres. Mais il est incapable de se dominer et reste le jouet de la fatalité. Victor Hugo s’interroge sur les destinés humaines à travers ses personnages.

L’auteur se permet beaucoup de digressions dans l’histoire. Les descriptions de Notre Dame et de Paris sont impressionnantes de précisions et de détails. C’est un travail documenté et proche d’un historien. Cela répond au goût de l’époque pour le roman historique et pour le Moyen Âge. Ce passage est aussi une manière d’affirmer ses convictions en faveur de la protection du patrimoine architectural, sujet sur lequel il s’est déjà exprimé dans des articles auparavant. Victor Hugo consacre aussi une partie à la réflexion autour du progrès. Il explique la révolution de l’imprimerie sur la société et les modes de pensée. Il montre l’importance des changements induit par le livre qui va jusqu’à « tuer » l’architecture, ancien mode principal d’expression.

Les personnages sont contrastés et personne n’est épargné. Esméralda, belle et sûre d’elle, devient mièvre et ridicule face à Phoebus. Ce dernier, sous ces apparences de fiancé parfait, aime jurer, boire et courir les filles. Même Quasimodo à sa part d’ombre et n’est pas seulement une victime. Victor Hugo montre les failles et les vices de ses personnages de manière assez crue. Il y a aussi Gringoire, le poète raté en quête de petits succès que nous retrouvons régulièrement dans le récit. mais le personnage le plus fascinant reste Frollon.

Le roman est aussi imprégné des combats politiques de Victor Hugo. On a déjà parler de celui en faveur de la protection du patrimoine mais on trouve une dénonciation de la peine de mort et une réflexion sur le pouvoir.

Ce fut une lecture immersive et passionnante qui m’a permis de réellement connaitre cette grande histoire.

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